Le journalisme mène & tout, à
condition d'en sortir. . . C'est un
bon vieux proverbe dont nous aimons
nous souvenir particulièrement quand
nous nous embarquons sur une piste
imprévue. Ainsi, en grimpant sous le
soleil généreux d'un beau matin les
hauteurs de Bellevue Hill, nous ne
savions pas encore qu'en retournant
par le même chemin, nous serions
plus riches d'une nouvelle expérience
humaine, que nous aurions rencontré
un des personnages les plus curieux
que notre plume ait jamais décrit : le
fameux caricaturiste franco-australien
Emile Mercier.
Comme sous leg toits de Paris. . •
Dans un cadre de jolis jardins et
de chemins soignés, où le calme re
posant vous fait oublier l'épuisant
tourbillon de la ville, la famille' Mer
cier jouit, semble-t-il, d'une vie heu
reuse et stable . . . après des dizaines
d'années de misère, de déceptions et
d'angoisses.
Bien que pris au dépourvu, M.
Mercier nous ouvrit cordialement la
porte.
— Journaliste? Ah, entrez donc, c'est
gentil . . . nous dit-il, tandis que nous
plongions nos regards indiscrets dans
tous les coins de son foyer. Et nous
éclatâmes déjà d'un fou rire.
— Quelles caricatures, pardi, là sur
les murs, et sur la table! Mais dites
donc, c'est un excellent moyen d'ac
cueillir vos visiteurs, nous remarquâ
mes.
— Bien, vous savez, c'est tout de
même mon métier. . .
none Help
Et M. Mercier nous conduit dans
son petit atelier, où il vient justement
de commencer une nouvelle carica
ture.
— Flora, we have a guest, s'écria-t
il ensuite.
Madame Mercier accourut. C'est
une petite dame charmante, très af
fairée ■ dans la cuisine, paraît-il, où
son mari, d'ailleurs, aime passer une
tonne partie de son temps. Et main
tenant, passons au travail, nous les
journalistes.
— Donc, je voudrais bien écrire un
"papier" sur vous, mais où com
mencer? Peut-être voudrez-vous bien
nous _ montrer votre collection, M.
Mercier? nous denian&Lmea
une
^h'efflfe* a* rirë^ déliât Ifs clntaines
aux de M. Mercier, consacrés
ites comédies . humaines de la
otidienne. J ^
urd'hul célèbre, publiant ses
ns" chani^ ip^ dans un grand
de Syadéy, '"Emile Mercier à
pourtant connu les épreuves am ères
d'un artiste méconnu pendant au
moins trente des quarante-huit ans
dont il doublera justement le cap. le
10.,apût, v En .effet,4jlaJyj la formation
ei la carrière d'Emile Mercier on
trouve les hauts et les bas de la vie
d'artiste . . . comme soub les toits de
Paris.
Esprit français on humour
anglais?
L'humour revêt toutes les formes :
l'une fait appel à l'imagination, ou &
l'intelligence; une autre frappe par
sa naïveté, ou bien elle reste sèche,
aigre et mord dans le vif. Calédonien
de naissance, Emile Mercier hérita de
ses parents ces qualités d'irople, de
réalisme et de pertinence qui sont
une des facettes de l'esprit français.
Il a pris pour sujets la vie des foules,
de "l'homme de la rue", des gens du
peuple, des chauffeurs de taxi, des
percepteurs de taxes, des propriétaires
d'immeubles, des bons et mauvais
voisins et de tous les autres person
nages qu'on voit & chaque pas, si l'on
ouvre les yeuà.. .
Et pourtant, il lui a fallu des di
zaines d'années pour arriver avec son
style, à s'ouvrir le chemin qui l'a
finalement conduit au sommet de sa
carrière. Peut-être la raison en était
elle que son humour tomba sur un
sol peu accoutumé & cette manière de
voir.
Lentement, très lentement Emile
Mercier, tout en restant fidèle à son
esprit ironique, parvint & s'affirmer
devant, les éditeurs locaux, qui,
jusqu'alors, ne connaissaient que les
dessins des artistes australiens et
hésitaient à lancer une nouvelle éto; ;
En effet, les premières tentativ.
d'Emile Mercier pour se tailler un
petite place d'artiste sous le so:,
australien datent de 1919, époqut
laquelle il quitta sa ville natale u
Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, ,
s'embarqua pour Sydney, Arrivé ,
cette glande métropole, il ne conn
que des déceptions. Ni le "Bulletin
ni le "Smith's Weekly", ni le "Aussi,
ne s'intéressaient à ses caricatui.
Et pourtant, il nous semfile quY
reflètent le même esprit qui conduis
il y a de nombreuses décades, I*;,
Daumler à la célébrité.
Misère,
Emile Mercier dut gagner sa \ .,
avec ou sans les caricatures; et pu
son premier gagne-pain, il prit un
emploi de commis dans une mai.-. :
de commerce qui lui paya le sala;
royal d'une livre, soit vingt pauvi.
shillings, par semaine. Ce n'
qu'après des années que Mon
réussit & vendre une caricature,
lui apporta immédiatement d<
livres. Une autre réussite fut
timbre qu'il dessina pour la Nouvel
Calédonie, et qui resta en circulât:
de 1925 jusqu'en 1910.
Malgré la misère, Mercier s'obst,:
dans sa singulière carrière d'arts
français méconnu par ses collêm,
australiens. Il vécut pendant l<>n
temps dans les quartiers pauvr.
dans les "slums" de Sydney où
trouvait son inspiration, plutôt que
retourner à la maison et particip
aux affaires de sa famille. Il viw,
péniblement au jour le jour, dessinai/,
dessinant, dessinant. . .
La chance sembla lui souri:,
lorsqu'une agence de publicité ren
gagea pour cfessiner des réclama
commerciales. Il gagnait alors cin ,
livres par semaine, mais n'en fut in
satisfait. Il n'aimait pas l'art com
mercial, dicté par toute autre cho
que l'inspiration artistique. Aussi
quitta-t-il son emploi pour regagna
la vie, libre mais difficile, du bohèno
Il rêvait toujours de conquérir, finale
ment, toute l'Australie et le monde.
Des années passèrent. Il joignïi
une troupe de théâtre à Newtown,
mais sans aucun succès pécuniaii'
Puis il s'installa dans un studio, n
devint le centre de toute une ban.!
d'artistes comme lui, et vécut virtuel
lement sans rien faire . , . sauf frap
per à la porte de tous les journaux
de la ville. Ce n'est qu'en 1939 qu'un1
de ces portes, celle du quotidien